Le saut à ski féminin enfin aux JO

 

Coline Mattel - © ManugufMONDE / Coline Mattel, âgée de seulement 18 ans, a remporté la médaille de bronze au JO de Sotchi dans la catégorie saut à ski. Une récompense hautement méritée puisque les premières demandes des sportives pour disputer cette discipline aux JO ont été émises en… 1998 ! Elles n’ont obtenu gain de cause que cette année.
La discipline est née en Norvège à la fin du XIXe siècle. A l’époque, les femmes devaient se travestir pour pouvoir participer aux compétitions. Dans les années 1930, la célèbre athlète Johanne Kolstad s’exile aux Etats-Unis après qu’on lui ait interdit de se lancer du mythique tremplin d’Holmenkollen, la fédération craignant pour la réputation de la ville. En 1920, les médecins déclarent qu’en “raison de doutes médicaux sur la compatibilité du saut a ski avec l’organisme féminin, il s’agirait d’une expérience très audacieuse, à déconseiller fortement.” Par la suite diverses théories furent avancées, comme le fait que la discipline rendrait les femmes stériles. Près d’un siècle plus tard, les mentalités ont peu évolué comme en témoigne l’entraîneur de l’équipe masculine russe Alexandre Arefiev : “C’est un sport dur et traumatisant. Si un homme est gravement blessé, ce n’est pas fatal, Johanne Kolstadmais pour les femmes, ça pourrait avoir des conséquences plus graves.
En 2002, les femmes ont droit de pratiquer les sauts à ski, mais seulement à titre d’ouvreuses, pour évaluer les conditions de saut de leurs homologues masculins. En 2010, une poignée de femmes portent plainte contre le Comité organisateur des JO de Vancouver pour discrimination sexuelle. Si la justice canadienne leur donnera raison, elle admettra néanmoins que le CIO, qui est une organisation internationale, n’a pas à se référer au droit canadien…

Si les femmes peuvent désormais participer au saut à ski féminin aux JO, tout n’est pas gagné pour autant comme en témoigne la Française Caroline Espiau : “On n’a toujours pas le droit de sauter sur les grands tremplins (120 m au lieu de 90m). Les hommes ont-ils peur que le record du monde soit détenu par une femme ?”. Mais les sportives ne sont pas prêtes d’abandonner la lutte. Leur objectif ? La pleine parité ! Notamment la reconnaissance financière : les primes décernées aux femmes n’ont pas la même valeur que celles attribuées aux hommes. Un champion remportera 16 000 € alors qu’une lauréate ne recevra que 2 400 €…

L.G

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