Dr Helen Kijo Bisimba, militante des droits humains

 
Dr Helen Kijo Bisimba - © Sameer Kermalli

© Sameer Kermalli

Retour sur les moments importants de votre vie professionnelle ?
J’ai été choisie pour diriger le Centre juridique et des droits de l’Homme (Legal and Human Rights Centre, LHRC) dès sa création. Et cela dure depuis 18 ans. Au fil des années, nous avons pu aider les Tanzaniens à connaître leurs droits, à les exprimer et à les revendiquer, pour tous et toutes.
Le LHRC est maintenant l’une des principales organisations des droits humains dans le pays. Les différents programmes que j’ai lancés ont permis de changer la situation : de plus en plus de Tanzaniens affirment leurs droits. Maintenant, nous avons des conseillers dans tout le pays qui suivent les questions parajuridiques et sur les droits humains dans vingt-huit districts.
En outre, nous avons fait des préconisations pour améliorer les conditions de travail et aujourd’hui nous avons de nouvelles lois qui les régissent.
Donc en résumé, mon travail se concentre sur la sensibilisation pour le changement en termes de politique, de lois et de leur mise en application.

Quels sont les défis que vous avez rencontrés ?
Il fut un temps où la communauté ne percevait les femmes que comme des êtes inférieurs aux hommes. Ils auraient demandé alors : “où avez-vous appris à parler comme un homme ?”.
Mon plus grand défi est de faire ce que je fais, d’aller contre l’Etat. Naturellement, le gouvernement nous qualifie de partisans des partis d’opposition. Il y a même eu une fois un commissaire de district qui a appelé pour dire : “Vous êtes en train de mener une guerre.”
Le LHRC est devenu une voix importante. Nous ne faisons pas de quartiers. Nous avons récemment assigné le premier ministre en justice par rapport à des propos qu’il a tenus. On a dit une fois à un de nos collaborateurs du parlement que le directeur général de LHRC est “détesté”. La responsabilité sociétale n’est pas chose facile.
Le plus dur est sans doute lorsque vous remettez en question ce que vous faites. Votre famille, vos voisins commencent à se soucier de votre sécurité et citent des personnes qui sont faites enlevées et torturées ou tuées parce qu’elles posent trop de questions.

Votre plus belle réussite ?
J’ai personnellement eu à intervenir dans une situation ou, 3 filles masaï âgées d’environ 13 ans avaient fui de leur maison, pour échapper aux mutilations génitales féminines (MGF). C’était d’autant plus triste que les parents et la police ne savaient même pas que ces pratiques sont illégales.
Malheureusement, le pasteur qui leur a donné refuge a été battu et accusé d’avoir enlevé les jeunes filles. Elles ont été renvoyées dans leur famille et mariées. Mais, nous n’avons pas abandonné et nous avons obtenu l’autorisation d’une poursuite privée pour assigner les parents en justice. Craignant que leurs parents aillent en prison, les filles ont décidé de ne pas porter plainte. Le côté positif dans tout cela est que les parents ont compris leur erreur, et maintenant nous les avons auprès de nous comme ambassadeurs anti-MGF.

Comment êtes-vous perçue dans votre communauté ?
Il fut un temps, les gens auraient dit que je suis comme un homme, ou on m’aurait appelé “dame de fer”. Maintenant, vous verrez que plusieurs organisations qui fonctionnent parfaitement sont dirigées par des femmes. Les fondateurs de LHRC ont pris un risque avec moi il y a 18 ans de cela.

Pour finir, un mot pour les femmes…
Faites ce que vous voulez, même si votre éducation et votre culture ne le permettent pas. Ne désespérez pas. Suivez vos rêves ! J’ai eu mon doctorat à 53 ans, il n’y a pas de fin à la réussite en tant que femme. Tout ce que vous avez à faire est de ne pas abandonner et de continuer à y croire.

Femmes en résistance en Tanzanie

Dans le cadre de l’exposition Femmes en résistance présentée à l’Alliance française de Dar es Salam, en Tanzanie, nous vous proposons de découvrir des “Tanzaniennes en résistance” mises en lumières aux côtés des photographies de Pierre-Yves Ginet.

Un feuilleton à suivre pendant les semaines à venir. Ceci avant la prochaine étape de l’exposition, au Burundi, le 7 mars prochain.